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L'Annécien

Marché, foncier et logement dans le bassin d'Annecy.

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La trajectoire zéro artificialisation nette descend jusqu'au PLU et réduit le foncier ouvrable

La loi a fixé un objectif national de sobriété foncière, décliné de la région jusqu'à la parcelle. Sur un bassin déjà borné par le lac et le relief, c'est la surface qu'un document d'urbanisme peut encore ouvrir à la construction qui se contracte.

La rédaction Publié le 17/07/2026 Mis à jour le 17/07/2026

Dans le bassin annécien, la rareté du foncier a longtemps été décrite comme un fait de géographie : un lac d’un côté, des pentes de l’autre, une cuvette urbanisée entre les deux. Depuis 2021, elle est aussi un fait juridique. La loi a fixé une trajectoire de réduction de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers, et cette trajectoire ne reste pas au niveau national : elle s’inscrit successivement dans le schéma régional, dans le schéma de cohérence territoriale, puis dans le plan local d’urbanisme qui s’applique à chaque terrain.

Pour un acheteur de terrain comme pour un propriétaire qui espère voir sa parcelle devenir constructible, la conséquence est concrète : les surfaces qu’une révision de document d’urbanisme peut ouvrir à la construction sont désormais comptées.

Ce que fixe la loi Climat et résilience

L’article 191 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, dite loi Climat et résilience, pose un objectif d’absence de toute artificialisation nette des sols en 2050. Il fixe une première étape : sur la décennie qui suit la promulgation de la loi, le rythme de consommation d’espaces doit être tel que la consommation totale observée soit inférieure à la moitié de celle constatée sur les dix années précédentes.

Cet objectif est national. Il ne signifie pas que chaque commune doit réduire de moitié sa propre consommation : la répartition de l’effort se fait territoire par territoire, en tenant compte des dynamiques démographiques, des besoins en logement et des efforts déjà réalisés.

La loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023 a ajusté le dispositif. Elle a notamment prévu une surface minimale garantie aux communes couvertes par un document d’urbanisme, organisé la prise en compte à part des projets d’envergure nationale ou européenne, et reporté les échéances d’intégration de la trajectoire dans les documents locaux.

Deux notions qui se succèdent

Le vocabulaire change en cours de route, et la confusion est fréquente.

Première décennieEnsuite, jusqu’en 2050
Ce qui est mesuréLa consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiersL’artificialisation nette des sols
PrincipeUn espace est consommé dès qu’il est converti en espace urbaniséLe solde entre les surfaces artificialisées et les surfaces renaturées
DéfinitionLoi n° 2021-1104, article 194Article L. 101-2-1 du code de l’urbanisme
Outil de mesureFichiers fonciers et observatoire nationalNomenclature fixée par décret

Sur la première période, une maison individuelle construite sur un pré compte comme de la consommation, que la parcelle soit jardinée ou non. La seconde notion est plus fine : elle regarde l’état réel du sol, et elle admet qu’une surface renaturée vienne en déduction.

La cascade des documents

La trajectoire atteint une parcelle du bassin en quatre étapes.

Le schéma régional. Le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes intègre l’objectif et le territorialise à l’échelle de la région.

Le schéma de cohérence territoriale. Le SCoT couvrant le bassin décline cette enveloppe pour son périmètre. C’est à ce niveau que se décide, en pratique, la répartition entre les pôles urbains, les communes riveraines et les communes de montagne.

Le plan local d’urbanisme. Le PLU communal ou intercommunal traduit l’enveloppe en zonage : ce qui reste en zone agricole ou naturelle, ce qui est classé à urbaniser, ce qui est ouvert immédiatement.

L’autorisation. Le permis de construire est instruit au regard du PLU en vigueur, pas au regard de l’objectif national. Tant que le document local n’a pas été modifié, il continue de s’appliquer tel qu’il est.

C’est ce dernier point qui produit des situations déroutantes : un terrain peut être constructible aujourd’hui et ne plus l’être après la révision du document, sans que rien n’ait changé sur place.

Ce que cela change pour un terrain du bassin

Sur un territoire où l’offre foncière est déjà contrainte par les règles propres aux rives du lac et aux communes de montagne, développées dans la note sur les terrains constructibles, la sobriété foncière agit sur trois leviers.

Les zones à urbaniser non ouvertes. Les zones classées pour une urbanisation future sont les premières réexaminées. Le code de l’urbanisme encadre déjà l’ouverture de ces zones, et une zone restée longtemps fermée peut être reclassée en zone agricole ou naturelle lors d’une révision.

Les dents creuses et la densification. L’effort se reporte sur les parcelles déjà insérées dans le tissu urbain, sur les divisions de grands terrains bâtis et sur la reconversion de friches. La densité autorisée dans les zones urbaines devient un enjeu de valeur plus important que l’extension.

Le renouvellement urbain. Démolir pour reconstruire plus dense n’est pas une consommation d’espace au sens de la première décennie. C’est l’une des raisons pour lesquelles les opérations sur terrains déjà bâtis se multiplient dans les zones centrales.

Le déclassement ne s’indemnise pas

C’est la question que posent le plus souvent les propriétaires. L’article L. 105-1 du code de l’urbanisme pose le principe : les servitudes instituées par application du code, notamment en matière de zonage, n’ouvrent droit à aucune indemnité. Le texte réserve deux exceptions, lorsque la servitude porte atteinte à des droits acquis ou lorsqu’elle modifie l’état antérieur des lieux et cause un dommage direct, matériel et certain.

Un terrain qui perd sa constructibilité à l’occasion d’une révision relève donc, en règle générale, du principe et non de l’exception. Deux protections restent utiles et se vérifient à la source.

  • Le certificat d’urbanisme cristallise pendant dix-huit mois les règles applicables à un terrain au jour de sa délivrance, en application de l’article L. 410-1 du code de l’urbanisme.
  • La procédure de révision comporte une enquête publique : un projet de reclassement se lit dans le dossier soumis au public avant d’entrer en vigueur.

Lire la consommation d’espace de sa commune

La consommation d’espaces se mesure. Les données issues des fichiers fonciers, retraitées par le Cerema, sont publiées par l’observatoire national de l’artificialisation des sols, commune par commune et année par année. Elles permettent de situer la décennie de référence et de voir quels territoires ont le plus consommé.

Les collectivités compétentes en matière de document d’urbanisme établissent par ailleurs un rapport local de suivi de l’artificialisation, prévu par le code général des collectivités territoriales, qui fait l’objet d’un débat et d’une publication.

Aucune surface ni aucun pourcentage n’est repris ici. Les enveloppes de consommation dépendent de documents en cours de modification, et un chiffre extrait d’un projet de SCoT ou de PLU n’a de valeur qu’à la date de son approbation.

Un cadre encore mouvant

La trajectoire de sobriété foncière fait l’objet de débats parlementaires répétés depuis son adoption, et plusieurs propositions d’assouplissement ont été discutées. Un article de presse ou un avis professionnel daté de quelques mois peut décrire un état du droit qui n’est plus celui en vigueur. La seule lecture fiable est celle du texte consolidé, à la date où la question se pose.

Où vérifier

L’objectif et la trajectoire figurent aux articles 191 et suivants de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 ; les ajustements, dans la loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023. La définition de l’artificialisation est donnée par l’article L. 101-2-1 du code de l’urbanisme, le principe de non-indemnisation des servitudes par l’article L. 105-1, le certificat d’urbanisme par l’article L. 410-1. Tous ces textes se consultent sur Légifrance, dans leur version en vigueur.

Les données de consommation d’espaces sont publiées par l’observatoire national de l’artificialisation des sols, alimenté par le Cerema. Le SCoT et le PLU applicables, ainsi que leur date d’approbation, sont publiés sur le Géoportail de l’urbanisme. Le schéma régional est publié par la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Informations relevées le 14 septembre 2026. Le cadre de la sobriété foncière est régulièrement modifié : vérifiez la version consolidée des textes et la date d’approbation des documents locaux avant toute décision portant sur un terrain.

Sources

Les références citées dans cette page renvoient au texte en vigueur à la date indiquée.